Un site web par David Bruant

Analyse d’une affaire de viol

⚠️ Avertissement de contenu : dans cet article, je vais parler de manière assez directe de violences entre personnes, notamment de violences sexuelles

Cet article fait partie d’un ensemble d’articles qui commence ici

Je vais analyser une série de 5 articles publiés sur Slate et qui commence par ici. Dans ces articles, une femme est victime de viol et raconte son parcours.

Je ressens beaucoup de gratitude et de reconnaissance envers cette femme qui partage un témoignage dense et détaillé de son expérience personnelle

En résumé, une femme française qui vit en Australie rencontre et couche avec un gars qui s’appelle Luis. Elle s’endort. Quelques heures plus tard, elle est réveillée et comprend que le frère de Luis (plus tard nommé “le mexicain”) est en train de la violer. Le détective qui mène l’enquête s’appelle Brandon, le procureur général (l’avocat de la “victime”) s’appelle Ken

Il s’agit d’un récit où ça se “finit bien” au sens où cette femme est prise au sérieux par la police, par tout le système de justice et à la fin, le violeur est condamné

Et la lecture de ce récit m’a quand même laissé un petit goût amer. C’est une victoire, mais la victoire est fragile, basée sur une séquence d’une poignée de coups de chances, sur une connaissance assez fine du système de justice qui, à mon avis, ne devrait pas être nécessaire à se reconstruire après une telle épreuve Je suis heureux que cette femme aie pu se reconstruire et passer à autre chose, et dans l’ombre de son histoire je vois un système de justice assez hostile aux victimes. Et si je me réjouis pour cette femme en particulier, je suis soucieux de ce que son histoire raconte pour les autres victimes

Dans mon analyse, je m’intéresse uniquement aux interactions entre la victime et le système judiciaire. Il s’agit du système judiciaire australien et je crois que la plus grosse partie de l’analyse se transpose au contexte français et de beaucoup de pays avec un système de justice similaire Je vais me concentrer particulièrement sur les besoins de la victime et la manière dont le système judiciaire y répond ou pas

Cette analyse a pour objectif de nourrir une réflexion sur comment faire émerger de meilleures pratiques de justice et un meilleur système de justice

Analyse de l’épisode 1

Je referme la porte. Il faut que je me tire. Je récupère mes affaires, mon sac.

Je regarde la unit, unit 3, ok c’est bon j’ai l’info que je cherchais, on peut redescendre!

Là où j’ai vachement de chance, c’est que le commissariat est vraiment littéralement sur la route pour rentrer chez moi. Quand je raconte mon histoire, tout le monde est en mode «putain meuf t’as été tellement solide d’aller chez les keufs direct». Oui j’ai été solide. Mais si le mec avait habité ailleurs, s’il avait fallu que je chope un Uber, si j’avais été dans un quartier que je ne connaissais pas… je suis pas sûre que j’aurais eu la force de me motiver. Tu te retrouves dans un Uber, tout redescend, je pense que t’as juste envie de rentrer chez toi et de te doucher.

Pour qu’une victime de viol soit bien accueillie par le système de justice, ça repose sur une poignée d’éléments :

Pas le droit à l’erreur, à l’imprécision, à la faiblesse, à la vulnérabilité, la victime de viol doit être “solide”, sinon le système de justice la rejette

J’arrive au commissariat. Un flic m’accueille et me demande ce que je veux. Je lui dis: «Je me suis fait violer, est ce que je peux parler à une flic meuf?» Il me dit ok. Il revient deux minutes après, il me dit: «Je suis désolé, pour le moment il n’y a pas de fille. Mais si tu veux tu peux commencer à me raconter.» Et là en fait, je sors cash: «En fait je m’en fous, je m’en contre-cale, fille ou mec, c’est la même histoire, donc très bien allons-y.»

Ce point là est plutôt mineur, mais un commissariat australien, 0% de flic meuf à 4h du mat’. Zéro. Heureusement, elle est “solide”, “elle s’en fout”. Mais si ça n’avait pas été le cas, erreur 404, on n’a pas de réponse à ton besoin

Les heures suivantes, je me suis vue raconter toute l’histoire, en long en large et en travers, une dizaine de fois, au commissariat avec les flics, à l’hosto avec une médecin et une assistante sociale, re au commissariat avec un détective.

Je ne peux que saluer le professionnalisme et l’empathie de toutes les personnes qui se sont occupées de moi cette nuit-là.

Elle raconte son histoire une dizaine de fois, et elle est écoutée, c’est cool

Et personne, littéralement personne, ne lui demande ce qu’elle veut, ce qu’on elle a besoin elle, à ce moment là Le système judiciaire est un train. Elle est rentrée dans un wagon, ça passe par toutes les gares, elle suit le process. Et personne ne lui demande ce dont elle a besoin elle. C’est les besoins du système qui prennent la priorité

Ils m’amenaient de l’eau, des mouchoirs. Ils étaient hyper pro et savaient par exemple que je ne devais pas aller aux toilettes, parce que ça pourrait enlever des traces ADN et du coup fausser les résultats. (Sur ce point, détail technique, je sais maintenant qu’en fait tu peux aller aux toilettes en attendant l’examen pour te prélever l’ADN, il faut juste ne pas s’essuyer pour ne pas effacer les traces –j’espère pas que ça vous arrive un jour, mais dans le doute, vous êtes prévenu·es.)

Là encore, le système impose ses codes. Tu as besoin d’aller aux toilettes ? Tu n’y vas pas ! Ça pourrait compromettre notre procédure ! Nos besoins avant les tiens ! … et au final iels se trompaient, d’ailleurs 🤦

Cet épisode est vécu par la victime comme “ils étaient hyper pro” et tant mieux pour elle Et je suis soucieux que ça puisse ne pas être le vécu de toutes les victimes

Mon portable n’avait plus de batterie et s’était éteint un peu après être arrivée au premier commissariat. Donc j’avais juste eu le temps de prévenir ma copine Gisèle qui était à Bali. Comme elle n’arrivait plus à m’avoir ensuite, elle a prévenu ma copine Audrey, qui m’a appelée au moment même où je branchais mon téléphone et qui a débarqué direct pour s’occuper de moi. J’en reparlerai un peu plus tard, mais putain, quand il t’arrive une merde comme ça, tes potes tu les savoures. Je dis pas que je les savourais pas déjà avant. Mais là tu savoures puissance 10.000.

Ce paragraphe contient un morceau de ce dont la victime avait besoin. Du soutien de ses copines, notamment

“Mon portable n’avait plus de batterie et s’était éteint un peu après être arrivée au premier commissariat”. Et personne au commissariat n’a proposé de recharger le téléphone apparemment. Les mouchoirs et le verre d’eau font partie de la procédure, mais permettre à la victime de se reconnecter avec ses ami.e.s, pas trop

Un coup de fil de Brendon le détective pour m’assurer que j’allais bien. Un autre d’une fille de l’hôpital qui me demande si ça va, si je suis bien entourée, etc. Et un autre coup de fil d’une nana du SAC (Sexual Assault Center) qui me dit que si je veux, je peux avoir une councelor, une psychologue, qui va s’occuper de moi, que c’est gratuit, je peux venir quand je veux. Je dis ok. Moi de toute manière, quand c’est gratuit, j’y vais toujours. Et un coup de fil de la psy en question pour prendre rendez-vous, et qui me demande aussi comment ça va. Je lui explique, ça va pas trop mal mais j’ai une partie de mon cerveau qui est restée bloquée, je sais pas trop quoi faire. Et là elle m’a dit un truc qui m’a fait switcher, elle m’a dit: «It’s in the past now. You are safe.» Et je me suis dit: «Putain mais grave! C’est fini.» (Bon au final, on va pas se mentir, c’était un peu plus tricky que ça.)

Encore une heureuse coïncidence. Le train de la procédure judiciaire a prévu une séance psy gratuite et elle en avait besoin et ça lui fait du bien

Analyse de l’épisode 2

Plus précisément, le système australien ne me considère pas comme une victime mais comme une témoin d’un crime qui a été commis contre la société.

Cette information est racontée de manière assez neutre par la victime qui raconte ce qu’elle comprend du train de la procédure judiciaire dans laquelle elle est embarquée

À titre personnel, le symbole associé à cette phrase m’inspire un profond dégoût… et de la colère

Attend, c’est qui la victime du viol ? La société ? What! Et elle, elle est le témoin de ce crime ?

C’était dans un lit où il n’y avait qu’elle et le violeur et elle est témoin ?

Ces mots-là sont les meilleurs que le système de justice a à proposer à la victime ? “Tu es témoin d’un crime contre la société”. On marche sur la tête !

Je m’enrage et je me rends compte que je n’ai raconté que l’histoire partiellement. Dans un cas de viol en Australie, il y a deux procès possibles. L’un “au pénal”, l’autre “au civil”. Au pénal, la victime, c’est la société, il n’y a pas à payer d’avocat parce que c’est “la société” qui le paye. Au civil, la victime, c’est… la victime et il faut qu’elle se paye un avocat. Donc il existe un moyen d’être considérée comme victime, mais c’est le procés payant. Dans le procés gratuit, la victime, c’est la société

Sur une échelle de 1 à patriarcat, je crois qu’on a cassé l’échelle


Je me permets une note historique sur la manière dont le droit a pris en compte le viol.

En lisant “Demarginalizing the Intersection of Race and Sex:A Black Feminist Critique of AntidiscriminationDoctrine, Feminist Theory and Antiracist Politics” par Kimberle Crenshaw, je suis tombé sur cette phrase qui m’a intrigué :

Early carnal knowledge statutes and rape laws are understood within this discourse to illustrate that the objective of rape statutes traditionally has not been to protect women from coercive intimacy but to protect and maintain a property-like interest in female chastity

On retrouve un peu la même chose dans le droit français au 16ème siècle :

L’usage du terme de rapt pour désigner le viol des filles non mariées de même que celui d’adultère pour les femmes mariées tend à renforcer l’idée que la victime pour les juristes n’est pas la femme dont le corps a été violé mais son possesseur dont le droit a été bafoué.

On est passé de “la victime du viol est l’homme qui possède la femme” à “la victime du viol est la société” Je ne considère pas ça comme un pas en avant. J’ai hâte du moment où le système de justice dira seulement “la victime du viol est la femme violée”

Je ferme la parenthèse et revient à l’analyse du récit


Je lui réponds que c’est Brendon qui me l’a dit. Il me répond que normalement, je ne suis pas censée être au courant des éléments de l’enquête, ce qui m’a un peu choquée.

Point numéro un, j’ai fait des analyses ADN, c’est mon corps, mes cellules qui ont été prélevées, j’ai quand même le droit d’avoir les résultats.

Là, c’est un peu la première fois où la victime voudrait aller dans une direction et tout le monde lui dit explicitement “nan, le train de la procédure, c’est par là, donc on s’en fout si tu veux aller ailleurs”

Point numéro deux, depuis le début de cette histoire, je me suis toujours dit que j’irai jusqu’au bout du procès à condition d’avoir suffisamment de preuves pour que ce ne soit pas uniquement parole contre parole.

Précédemment, je faisais référence à un sketch qui contient la phrase “… ou alors je peux continuer à faire des choses méchantes et m’assurer que vous ne les découvrirez pas” et on arrive au cœur d’une limite du système de justice tel qu’il existe en France ou en Australie. Dans un cas de viol, c’est souvent “parole contre parole”

Le violeur, ayant peur d’aller en prison, va mentir La victime, souhaitant a minima une forme de reconnaissance, va dire la vérité

Parole contre parole

Et le système de justice est complètement inutile dans ce genre de cas. Il a peur de se tromper, donc il se range du côté de la prudence, donc du côté de la version du violeur parce qu’il n’a pas assez d’éléments pour contredire la version mensongère du violeur qui a peur d’aller en prison

Le système de justice n’aidera la victime qu’à la condition qu’elle se conforme à la procédure et apporte suffisamment d’éléments. Et il claquera la porte à la victime dans le cas contraire

Tout ceci est parfaitement internalisé par la victime et ça lui permet de naviguer dans le système de justice jusqu’à obtenir une victoire

mais les règles du jeu sont pourries dans leur conception

De facto, les règles du jeu du système de justice favorisent la parole du violeur par-dessus la parole de la victime

Je lui explique mon problème, je ne peux pas comprendre que Luis n’ait pas été arrêté alors que ça crève les yeux que le mec, s’il n’est pas complice, a au moins essayé de camoufler ce que son frère a fait. Il me répond que oui, en effet ça crève les yeux, mais d’un point de vue judiciaire, on n’a rien pour prouver qu’il savait. On ne peut pas prouver qu’il savait ce que son frère venait de te faire. C’est du bon sens, on est bien d’accord, mais c’est impossible à prouver. C’est pour ça qu’on ne l’a pas arrêté.

Là encore, on voit une expression d’un besoin de la victime. Elle a besoin que Luis soit reconnu coupable aussi. Luis ne l’a pas violé, mais il a facilité le viol de son frère. Le comportement de Luis est abjecte et elle voudrait que ça soit reconnu

Et encore une fois, “nan, le train de la procédure, c’est par là, donc on s’en fout si tu veux aller ailleurs” Encore une fois, son besoin est nié parce qu’il n’est pas sur le chemin sur rails de la procédure. La procédure d’abord, elle en second. Elle est témoin, pas victime

Ce n’est qu’au moment du procès que j’ai découvert l’ampleur du boulot effectué par l’équipe de Brendon. C’est juste qu’il ne me disait rien, parce qu’encore une fois, je suis considérée comme une témoin d’un crime commis contre la société. Donc on veut que je me focus sur mon témoignage, que ce témoignage soit le plus «brut» possible et éviter qu’il soit influencé par le travail d’investigation qui se fait en parallèle.

Dans la procédure judiciaire, elle est témoin, donc on lui cache des infos volontairement pour ne pas influencer son témoignage. C’est la qualité de la procédure qui est en jeu ! Son besoin de savoir, son besoin de comprendre passe en second plan

Analyse de l’épisode 3

Comme expliqué plus tôt, le procès dans lequel je me suis embarquée était un procès pénal, dans lequel j’étais considérée comme témoin d’un crime commis contre la société et non pas comme une victime. Ce procès était par définition centré sur des faits uniquement. Jamais on ne m’a laissé l’occasion d’expliquer ce que j’avais ressenti en tant que victime, et quel impact ce crime avait eu sur moi. En demandant aux victimes d’écrire ce Victim Impact Statement, on leur donne l’opportunité de décrire les conséquences du crime sur leur vie. Ce VIS, je l’ai écrit quelques jours après l’annonce du verdict

Pendant un an et demi, personne ne lui a jamais laissé l’occasion d’expliquer ce qu’elle avait ressenti

Elle est témoin. Un témoin, y’a pas besoin d’en prendre soin. On te demandera ce que tu as vécu seulement après le verdict. Et seulement si le violeur est reconnu coupable ! Sinon, ce que tu as vécu, on ne le lira pas

Analyse de l’épisode 4 - Le procès

Ken nous donne quelques updates techniques sur le procès. Il m’annonce qu’une des preuves accablantes (enfin, selon moi) contre le Mexicain ne pourra pas être utilisée pendant le procès.

“selon moi”, encore une fois, ce que le système de justice considère important prend priorité sur ce que la victime considère important

Ken m’annonce que les messages envoyés par Luis à partir de 3h51 ne peuvent pas être mentionnés pendant le procès. La raison: ils ont été envoyés par Luis, et Luis n’est pas présent pour expliquer dans quel contexte il a écrit puis envoyé ces messages. Il est rentré au Mexique et il n’est pas revenu à Sydney pour témoigner au procès dans lequel son propre frère est impliqué pour viol. On ne m’a pas expliqué la raison de son absence, mais je soupçonne fortement qu’il ait eu peur d’être inculpé pour complicité de viol en revenant. Parce que c’est quand même sacrément évident. Et si en plus son absence permet à la défense de censurer l’une des preuves clés du dossier, c’est encore mieux finalement.

La théorie du système de justice, c’est “il y a des lois et si tu enfreins les lois, alors tu es puni”

Dans l’angle mort de cette théorie, le système a peur de punir une personne qui pourrait être innocente

Et donc, la réalité du système ça devient un jeu avec des règles subtiles. Et Luis et son frère savent jouer à ce jeu

Entre la théorie, l’angle mort et la réalité du système, les besoins de la victime de l’infraction d’une loi sont ignorés

Je suis dans l’incompréhension, je ne comprends pas pourquoi on peut parler des messages qu’il m’a envoyés à 3h47 et pas de ceux envoyés quatre minutes plus tard. Je n’ai pas fait droit, donc je ne comprends pas, mais Ken m’explique (et plus tard la sollicitor en rajoutera une couche parce que j’ai du mal à lâcher le morceau) que si le mec est déclaré coupable alors qu’on a utilisé ces messages pendant le procès, il pourra de toute façon faire appel.

La victime a de la chance parce qu’une personne du système de justice prend le temps de lui expliquer

Enfin, “de la chance”… Le système de justice nie d’abord son besoin de participer, puis lui explique comment se comporter. C’est pour son bien, c’est de la bienveillance

(note : pour moi le mot “bienveillance” a une connotation péjorative, parce qu’il ignore souvent les besoins de la personne envers qui la bienveillance est dirigée)

Ken n’a pas l’air plus affolé que ça par le fait qu’on ne puisse pas parler de ces messages. Il me dit que le dossier est solide, même sans. Il m’explique que je n’ai absolument pas le droit de mentionner l’existence de ces messages au cours de mon témoignage, sinon le juge devra dissoudre le jury et on recommence tout le process à zéro. Le message est clair.

Je voulais à tout prix m’éviter un procès parole contre parole. (…) Et là, quinze minutes avant que j’aille témoigner, on me prive de ce message que je considérais comme un pilier du dossier. Mais PUTAIN, c’est QUOI cette BLAGUE? Eh oh les gars, je fais comment maintenant pour prouver que j’étais pas consentante?

Le train de la procédure, les règles, l’injonction à s’y conformer, encore. Le système de justice n’est pas là pour écouter ce qui lui parait pertinent à elle

Le procès est une pièce de théâtre, un jeu, avec des règles précises, si l’on souhaite atteindre un objectif, il faut suivre les règles. Et ça prend précédence sur les besoins des personnes

D’un côté, je pense que ça m’a fait du bien de raconter cette histoire de manière officielle, devant un juge, des avocats, des jurés, devant le Mexicain. De leur infliger mon histoire en quelque sorte, de la même manière qu’on m’a infligé ce viol. C’est comme un accouchement d’un truc dégueulasse après quinze mois de gestation de l’enfer.

Ici, une expression de ce dont la victime avait besoin : “raconter cette histoire de manière officielle, devant un juge, des avocats, des jurés, devant le Mexicain”

Et le système de justice n’a pris le temps à aucun moment de lui demander ce qu’elle voulait, ni donc de l’organiser plus tôt que quinze mois après le viol. Quinze mois en tension.

C’était touchant de voir Brendon témoigner, parce que non seulement c’est la première personne que j’ai vue en rentrant de l’hôpital, mais en plus on est resté en contact régulier pendant toute la période entre le viol et le procès.

Je vais faire le choix d’interpréter ce morceau, d’interpréter des choses qui ne sont pas écrites

L’histoire que je me raconte quand je lis ça, c’est que ça a fait du bien à la victime qu’une autre personne, une personne en qui elle a confiance, corrobore son histoire

Elle a dû attendre quinze mois avant que ça n’arrive

(en parlant de son violeur)

Je le fixe, je veux qu’il ait les couilles de me regarder en racontant ses mensonges avec force détails. Je ne vois que sa gueule, sa bouche qui bouge pour sortir ses insanités, ses mains croisées devant lui.

Encore une fois, une expression directe de ce que la victime veut. Elle veut que le violeur la regarde quand il raconte sa version. Vraissemblablement, ça n’arrivera pas.

Parce que le procès est une pièce de théâtre où il n’y a pas la place pour qu’elle exprime et obtienne qu’il la regarde quand il raconte sa version

Et puis il y a cette toute petite voix au fond de moi qui me dit: «Mais meuf, si ça se trouve ce qu’il raconte c’est vrai, et c’est juste que tu ne t’en souviens pas. T’as été somnambule, fin de l’histoire. Et maintenant t’as un pauvre mec en face de toi, qui se bat contre une erreur judiciaire.» Ce n’est ni la première ni la dernière fois dans cette histoire que j’entends cette petite voix de la culpabilité.

(je pose ce morceau-là pour garder la chronologie et je le reprendrai plus tard)

J’ai trouvé qu’il avait été extrêmement mal conseillé. Je ne comprends pas à quel moment son avocat s’est dit que sa version tenait debout et qu’il pouvait tenter le coup. À quel moment personne ne lui a dit: «En fait, grosso modo, ton cas est sans issue, personne n’y croit, donc plutôt que de t’enfoncer dans ton mensonge devant tout le monde, juge, jurés, parents, passe aux aveux, reconnais les faits, libère-toi de cette version merdique, ta sentence sera divisée par deux et ce sera plus facile pour tout le monde. Pour la nana que t’as violée, qui sera soulagée de t’entendre reconnaître la vérité, pour tes parents, à qui tu n’infligeras pas un récit aux détails sexuels abjects, accessoirement pour le système judiciaire qui pourra se concentrer sur d’autres affaires. Et pour toi, pour arrêter de te mentir à toi-même. T’as déconné, t’assumes.»

La victime imagine ici ce que l’avocat aurait pu conseiller au violeur. Et je trouve ce morceau intéressant : “Pour la nana que t’as violée, qui sera soulagée de t’entendre reconnaître la vérité”

C’est un peu indirect, mais là aussi, la victime exprime ce qu’elle aimerait, elle. Elle aimerait qu’il reconnaisse auprès d’elle ce qu’il lui a fait. Ça la “soulagerait” (enfin… elle imagine que l’avocat imaginerait que ça la soulagerait, mais bon, je choisis de faire ce raccourci…).

Ce morceau-là n’arrivera pas

Encore une fois, système de justice, procès, pièce de théâtre, on n’est pas là pour ça

Elle a besoin qu’il reconnaisse ce qu’il a fait et les règles du jeu sont telles que son meilleur coup à lui, c’est de mentir. Le système de justice est construit de manière à aller directement à l’encontre du besoin qu’elle exprime

(Elle revient avec l’histoire des messages de Luis)

Si jamais on utilise ce message et que le mec est condamné, il aura alors ensuite la possibilité de faire appel et c’est la dernière chose que l’on veut. C’est comme ça, on n’y peut rien, on oublie ce message. CQFD. Déboutée de ma demande, je continue à trouver cette censure profondément injuste, voire carrément dégueulasse, mais au moins j’aurais essayé de le ramener sur le devant de la scène jusqu’au dernier moment.

Là encore, la victime exprime quelque chose qui est important pour elle et elle prend encore une porte au nez

“censure”, “profondément injuste”, “carrément dégueulasse”. Le système de justice n’est pas là pour sa vision des faits. Il y a un train et c’est à elle de le suivre (et de la fermer)

J’ai rarement été reconnaissante envers quelqu’un comme je l’ai été envers Ken ce jour-là. Il connaissait le dossier sur le bout des doigts, chaque détail a été soigneusement décortiqué, analysé, pesé. C’était si bon, après quinze mois de cauchemars, de voir quelqu’un debout se battre bec et ongles pour faire condamner le mec qui t’a violée.

Un peu comme avec Brandon, la victime est reconnaissante qu’une autre personne de confiance “debout se battre bec et ongles” pour aller dans son sens à elle

Ça me rappelle que ce procès, je le mène à la fois pour moi, pour m’aider à surmonter cette épreuve, parce que je pense sincèrement que même si c’est difficile, ça fait partie intégrante de la cicatrisation. Mais je le mène aussi pour les femmes et la société en général. Parce que les mecs qui baisent des nanas pendant qu’elles dorment, ça commence à bien faire.

Là aussi, une expression directe de ce que la victime souhaite et bonne nouvelle, ça s’aligne bien avec ce que le système de justice propose en théorie

Je suis comme prisonnière de ce tribunal. Je ne peux pas ne pas y penser. Je repense aux quarante-huit dernières heures, je pèse le pour, le contre, je me demande si le verdict sera rendu demain ou la semaine prochaine, auquel cas je serai en sursis pendant tout le week-end, et peut-être même plus longtemps.

“prisonnière”, “sursis”
c’est ça que propose un procès. Il y a des procédures parce que la justice a peur de se tromper
et côté victime, le ressenti avant le verdict, c’est “prisonnière”, “sursis”

il a été forcé de raconter une histoire dégueulasse à dormir debout devant ses propres parents, il doit pas être fier. Même s’il n’est pas reconnu coupable, je me console en me disant que, normalement, il est quand même pas près de recommencer, ce qui est le principal.

Une expression de ce que la victime souhaite (“il est quand même pas près de recommencer, ce qui est le principal”)

La seule chose qui m’angoisse si le mec est acquitté c’est que, vu son comportement, je sais qu’au moment du verdict il va se retourner vers moi et me lâcher un vieux sourire en mode «t’as vu je t’ai bien niquée, et une deuxième fois».

Le jeu du procès se joue dans ce qui est dit pendant le procès
et aussi dans les jeux de regard dans la salle
Il y aura une personne qui gagne et une personne qui perd
Un procès, c’est un jeu compététif, pas un jeu collaboratif

Un procès, ça peut permettre à un violeur de “niquer une deuxième fois” sa victime

Analyse de l’épisode 5 - Verdict, comparaison avec une autre victime et l’après

«Guilty.»

Le mot résonne. On est cramponnées l’une à l’autre avec Charlotte. C’est fini. J’ai réussi. ON a réussi. Je n’en crois pas mes oreilles.

“C’est fini”, ça arrive au moment de l’annonce de la reconnaissance

Ce n’est pas écrit explicitement, donc je vais prendre le risque d’interpréter : le besoin de la victime, c’était une reconnaissance “par la société” en présence du violeur, d’une manière que le violeur ne peut pas nier

et le système de justice n’a pas été capable de créer ce moment avant quinze mois
et à tout moment, ptèt que le système de justice allait la priver de ce moment de reconnaissance pour des raisons complètement internes à ce système

Le Mexicain se rassoit et se prend la tête dans les mains. Il se retourne –je pense qu’il croyait que c’était ses parents derrière lui–, il voit que c’est Charlotte et moi, se détourne aussitôt. J’ai de la peine pour lui.

Une des assistantes de l’avocat de la défense, assise à côté du Mexicain, se retourne vers eux et secoue la tête. Les parents s’assoient. J’entends un son qui me déchire le cœur, je comprends que ce sont les pleurs de la maman.

Que les choses soient bien claires, quand je dis que j’ai de la peine pour le Mexicain, ce n’est pas que je suis victime d’une variante du syndrome de Stockholm, et en train de tomber amoureuse d’un mec qui m’a violée. Ce mec est coupable, il a commis un crime, et c’est tout à fait normal qu’il soit reconnu en tant que tel et qu’il paie pour ce qu’il a fait. Plusieurs personnes m’avaient posé la question avant le tribunal: «Es-tu prête à envoyer quelqu’un en prison?» Ce à quoi je répondais naïvement: «S’il part en prison, ce ne sera pas de ma faute à moi. Il s’est mis dans la merde tout seul, je n’ai fait que dénoncer un crime.»

Ça, c’était en théorie. Dans la réalité, c’était extrêmement dur de voir le Mexicain à l’annonce du verdict. Bien sûr que j’ai gagné, que la société a gagné, et je me réjouis de voir que la justice existe, protège les victimes et déclare un violeur coupable. En revanche, je ne me réjouis pas d’envoyer quelqu’un en prison. Je ne me réjouis pas de la situation, de voir un mec de 26 ans se prendre la tête dans les mains, de voir sa maman hurler de douleur, de voir une famille se désintégrer en direct. De l’avoir vu s’enfermer dans un mensonge abject, devant un tribunal au grand complet, devant sa famille, devant sa victime.

Je la trouve horrible cette question «Es-tu prête à envoyer quelqu’un en prison?»
Comme si c’était la victime qui choisissait activement de l’envoyer en prison

C’est l’État qui maintient le système de justice tel qu’il existe, qui n’a pas grand chose de mieux à proposer que d’envoyer les violeurs en prison. Ce ne sont pas les victimes qui “envoient” les violeurs en prison, c’est le système de justice. Les victimes font ce qu’elles peuvent dans un environnement hostile pour faire face aux conséquences d’une situation où on leur a été très hostile

Cette question rentre dans une logique de retournement de l’oppression. Ptèt que la victime devient très méchante en envoyant une personne en prison ? Nan, la victime active les leviers qu’elle peut et le système de justice ne propose que celui-ci

D’ailleurs, la victime l’écrit elle-même “je ne me réjouis pas d’envoyer quelqu’un en prison”

Un peu comme si ce morceau-là n’était pas du tout nécessaire à sa “cicatrisation”

Elle a besoin d’une reconnaissance de la société. Elle a besoin d’une reconnaissance du violeur. Mais elle n’a pas besoin qu’il aille en prison

Mais ça, le système de justice s’en tape. Son besoin à elle passe en second plan. Le système de justice a prévu de la prison, donc le violeur ira en prison. Même si ça ne sert à rien à la victime. Même si ça ne sert à rien au violeur lui-même

Je ne pardonne rien (pour le moment en tous cas, et parce qu’on ne me l’a pas demandé), je n’oublie pas les quinze mois d’enfer que j’ai passés, parce que ce mec a cru bon de venir me baiser pendant que je dormais. Mais c’est douloureux de voir quelqu’un partir en prison, c’est douloureux de voir le mal que le mec s’inflige à lui-même et inflige à ses proches. Oui, j’ai gagné, mais non, c’est pas franchement marrant, et je ne souhaite à personne d’être celui ou celle qui appuie sur la détente pour envoyer quelqu’un au tribunal puis potentiellement –voire très certainement– en prison.

Je me réveille à 1 heure du matin, avec une vision qui ne me quittera plus les jours suivants. Je pense au Mexicain dans sa prison. Je sais qu’il a été mis en détention provisoire juste après l’annonce du verdict, que sa demande de libération sous caution a été refusée. Je me demande dans quelle prison il est, à quoi ressemble sa cellule. Je me dis qu’il doit être au fond du trou (dans tous les sens du terme), que sa maman doit encore être en train de pleurer.

Encore une fois, je ne suis pas en train de dire que je regrette d’avoir été jusqu’au bout du process, juste que c’est dur de voir quelqu’un partir en prison. Des images de prison, de cellules, de surveillants, de menottes, de matelas pourris et de plateaux repas dégueulasses tournent dans ma tête.

Dans ce morceaux-là, la victime exprime de l’empathie pour le sort du violeur, de la culpabilité, de la tristesse

Et ça la travaille pendant plusieurs jours Et ces émotions-là, le système de la justice s’en cogne.

Je sais que je vais me faire engueuler parce que j’écris ça, mais je me sens presque coupable. Alors que c’est lui le coupable, bordel.

Et les images de prison construites par mon imaginaire. Il dort avec qui maintenant le Mexicain? Et tu fais quoi quand t’es en prison? Il pleure parfois? Il s’embrouille avec les autres détenus? Il peut travailler?

Le système de justice a fourni une “victoire” et donc la seule émotion légitime devrait être la joie

et pourtant, elle ressent d’autres émotions, plus négatives, moins agréables

Je suis reconnaissant auprès de cette femme pour ces mots parce que je trouve qu’ils mettent bien en lumière la différence entre l’unique proposition du système de justice qui prétend être la meilleure pour les victimes et la réalité qui n’est est beaucoup plus nuancée que ça

Je trouverais intéressant que le système de justice se remette en question en se basant sur ces récits, ces ressentis des victimes. Commencer par ce dont la victime a besoin. Et construire une procédure adaptée plutôt que d’appliquer un train procédural inflexible. J’y reviendrai dans un autre article

J’ai tellement attendu ce procès que je n’arrive pas à réaliser que ça y est, il est derrière moi. C’est fini. Au début, je suis presque déçue de l’effet que ça me fait. Je suis juste crevée. Satisfaite du verdict, heureuse d’être allée au bout de cette affaire, mais dégommée physiquement et mentalement.


Le récit continue et l’autrice fait un parallèle entre son histoire et une autre histoire de viol ; une autre française, mais en Allemagne

En résumant à la hache, à chaque fois que la victime en Australie est tombée sur pile, la victime en Allemagne est tombée sur face

En Australie, j’ai demandé de l’aide, on m’a attrapé la main, et on ne m’a plus lâchée jusqu’au procès, voire plus tard. En Allemagne, Johanna a aussi demandé de l’aide, on lui a attrapé la main, mais on l’a relâchée deux secondes plus tard.

Pays différent, mais le système de justice est construit sur les mêmes croyances (justice retributive organisée par l’État). Dans les 2 cas, le besoin du système passe en premier. Dans le système australien, les besoins de la victimes sont un peu mieux accomodés (ou alors, c’était seulement pour cette personne à Sydney ?)

Dans le cas de Johanna, ça crève les yeux que le mec n’est pas net, c’est juste du putain de bon sens: il a déconné et elle n’a pas pu donner de consentement. Et donc le moins que l’on puisse faire dans ces cas de «zones grises», comme les décrit Johanna, à défaut de traîner le mec au tribunal –parce que, malheureusement, on n’a pas de preuves suffisantes aux yeux de la justice–, c’est au moins de soutenir les victimes et de leur expliquer qu’on a fait tout ce qu’on a pu, mais qu’on a atteint les limites du système légal.

Historiquement, le système de justice ne considère pas que prendre soin des victimes fait partie de son périmètre

En France, c’est notamment ce trou béant qui a permis l’émergence d’une myriade d’associations de victimes. Le rôle de ces associations est reconnu localement et différentes branches de l’État subventionnent ces associations. Et ça s’arrête là. L’État ne recrute pas massivement des personnes pour écouter les victimes parce qu’il ne considère pas que ça fait partie de son travail

Et c’est en rentrant que j’ai réalisé la puissance du verdict sur mon mental, sur ma vie, sur mon attitude. Sur moi quoi. Comme une bouffée d’air frais après quinze mois d’apnée.

Si j’essaie de mettre un peu d’ordre dans les raisons qui me font revivre:

Je sens que j’ai été entendue et comprise.

Un jury de douze personnes censé représenter la société m’a écoutée, a écouté le Mexicain, a écouté nos avocats respectifs, a décidé à l’unanimité que c’était moi qui disais la vérité, et que le Mexicain était coupable. Je sais pas comment dire, c’est énorme. C’est énorme, parce que ça me redonne confiance dans tout. Dans les gens, dans la justice, dans la société. Tout n’est pas parfait dans ce monde de timbrés, mais putain, quand même, la justice fait son boulot, le bon sens existe, un mec ne peut pas violer une meuf dans son sommeil impunément –en tous cas pas tout le temps.

Je me sens forte.

J’ai dénoncé un crime, je suis allée témoigner au tribunal, j’ai fait tout ce que j’ai pu pour que le mec soit reconnu coupable, et ça a fonctionné. J’ai été prise pour un objet au moment du viol, mais le procès m’a rendu l’identité que l’on m’avait déniée auparavant. Je ne suis pas un objet, je suis une personne.

Je me sens libérée.

Libérée de cette attente, de cette incertitude, de cette trouille bleue que le mec soit acquitté grâce à je ne sais quelle pirouette judiciaire.

“Je ne suis pas un objet, je suis une personne.” et c’est ça dont la victime avait besoin au fond. Une personne l’a prise pour un objet et elle a besoin d’être à nouveau considérée comme une personne, d’être soutenue dans cette idée qu’elle est une personne

Au sujet de cette attente, je suis reconnaissante que le procès du Mexicain ait eu lieu «seulement» quinze mois après le viol. Quinze mois, on est d’accord, c’est long.

Je trouve ça très long aussi. Quinze mois pour réunir un collectif qui s’accorde pour dire que la victime est une personne et pas un objet, c’est très long. Et en même temps, l’objectif du système de justice n’est pas de lui rendre sa perception d’être une personne. Cette perception, c’est un gain qui se passe presque en dépit de la procédure de justice.

Pour les victimes pour lesquelles la fin vient au bout de 5 ans ou jamais, c’est encore plus long

Et parlons de l’impact psychologique des acquittements. Je m’estime heureuse que le Mexicain n’ait pas été acquitté. Ça aurait été évidemment scandaleux, étant donné les éléments à charge, mais on a vu des procès avec des éléments tout aussi sérieux qui se sont achevés par des acquittements. Et donc là, concrètement, tu prends encore bien cher. Parce que j’avais beau me répéter «c’est bon, même si dans le pire des cas il est acquitté, le principal c’est que t’aies fait tout ce que tu pouvais, t’y peux rien, c’est évident qu’il est coupable pour tout le monde, il a été sauvé in extremis par des mécanismes judiciaires complexes sur lesquels tu n’as aucun impact, il est puni d’une autre manière», et même si je n’aurais rien eu à me reprocher, c’est clair et net que ça aurait été très dur d’accepter un acquittement et que j’aurais eu un peu (voire beaucoup) plus de mal à me reconstruire et à cicatriser.

Je ressens beaucoup de reconnaissance pour ces mots parce que je trouve qu’ils mettent en lumière très clairement la manière dont le besoin de cicatriser de la victime et le fonctionnement du système de justice ne sont pas accordés

Si la victime se reconstruit et cicatrise grâce au procès, c’est presque un accident

Ces mots mettent aussi en lumière le fait que l’unique chemin connu par la victime pour se reconstruire et cicatriser, c’est celui que propose le système de justice, un système qui propose à la victime un jet de dés très en sa défaveur

Le sentiment que j’ai c’est qu’à l’issue d’un procès pour viol, il y a toujours quelqu’un qui part en prison. Si c’est pas le violeur, c’est la victime, et inversement. S’il est reconnu coupable, le violeur part (très vraisemblablement) en prison. S’il est acquitté, c’est la victime qui se retrouve prisonnière dans sa tête. Seule face à son agresseur, et surtout face à une société et un système judiciaire incapables de faire condamner un criminel et, par là même, de lui offrir un commencement de cicatrisation. Prisonnière d’un crime impuni.

Le système de justice tel qu’il existe me parait très insatisfaisant

On peut faire mieux

On peut faire beaucoup mieux

On doit faire mieux

ou a minima essayer

Conclusion

Si j’essaye de résumer, dans cette affaire, les attentes et besoins de la victime, c’est :

Et ce que le système de justice propose, c’est :

Au final, la victime cicatrise, passe à autre chose, mais je garde le sentiment que c’est presque un accident. Et un accident fragile parce que ça pourrait très bien ne pas avoir lieu pour des raisons spécifiques à une procédure en-dehors du contrôle de la victime